10 janvier 2020

Extraits - Les Royals : Tome 2



Extrait 1 

    Je refermai ma boîte à musique cassée qui contenait toute une myriade de réminiscences. Nous habitions la maison de Grand-Pa depuis un mois à présent et nous pendions la crémaillère. J’avais laissé Kyle inviter ses amis, les miens étaient restés à Boston, avec mon ex-mari. Et, à bien y réfléchir, c’était plus des connaissances qu’autre chose. J’essuyai rapidement mes yeux mouillés, et à cet instant-là, la porte de la chambre s’ouvrit sur Mathias, qui toquait doucement. 
    — Salut, Princesse. 
    — Matt ? 
   Il resta quelques minutes sur le seuil à m’observer. Il se rendit certainement compte que mes yeux étaient encore brillants de larmes, et je devais avoir l’air louche avec ma boîte dans les mains, serrée contre mon cœur. 
    — Tout va bien ? demanda-t-il en entrant doucement. 
    — Oui, je faisais un peu de rangement, murmurai-je, penaude. 
   Je posai mon trésor sur ma table de nuit et arrangeai un peu ma tenue.
   [...] 
   C’est une des raisons qui m’avait poussée à ressortir ma fameuse boîte. Je ne voulais pas gâcher la présence inespérée de Matt. Il était là, ça me rendait étrangement heureuse.


Extrait 2 

    — Il veut savoir comment tu as connu Kyle et Claire, chuchota Erika, complice.
    — Ah…
    [...]
   Nous venions tout juste d’emménager dans le quartier et, les Gervais, nos plus proches voisins, avaient organisé une fête en notre honneur. Ils avaient tout installé dans leur gigantesque jardin. Lorsque nous étions arrivés, Claire était sortie sur la terrasse, un plateau dans la main. Elle était allée si vite qu’elle avait trébuché sur la première marche et avait déboulé sur les genoux, jusque sur l’herbe. Son frère, au lieu de l’aider, avait ri, en la pointant du doigt. J’avais vu rouge. Mon cœur avait battu si violemment la chamade que j’avais eu du mal à respirer et mes paumes étaient devenues moites. Je détestais l’injustice et les moqueries gratuites. Comme Abi me connaissait parfaitement, elle avait compris tout de suite ce qui se jouait. Elle avait filé droit sur Kyle alors que je m’étais précipité vers Claire qui sanglotait. Au vu de ses blessures, j’étais certain qu’elle pleurait parce qu’elle s’était sentie humiliée. Alors, avec précaution, je lui avais étendu les jambes qu’elle tenait serrées contre son ventre, et j’avais tamponné ses bobos avec une serviette mouillée, avant de lui appliquer un énorme pansement que sa mère venait de me donner. 
    — N’en rajoute pas, tu veux, grogna Kyle, en me coupant dans le récit. Je passe pour le pire des crétins !
     Erika pouffa et lui caressa le dos en signe de réconfort.
     — Tu étais le pire des crétins ! le charria Claire.
     — Chut ! On veut la suite ! s’écria Connor.
    — Voilà, voilà… continuai-je. Donc, pendant que je prenais soin de votre maman, ma sœur, Abi, s’était jetée sur votre oncle et lui avait envoyé un coup de poing magistral dans l’œil.


Extrait 3

    Vers minuit, Connor hurla dans son sommeil. Je me mis à courir jusqu’à sa chambre. Il pleurait à chaudes larmes. 
     — Maman, maman, répétait-il comme une litanie. 
     — Chut, mon bébé, je suis là. Tu as fait un cauchemar, ce n’est rien. 
     — Maman… Papa t’a frappée. J’ai vu, sanglotait mon fils. 
     — Connor, ton père n’est plus là. Il est à Boston et nous sommes à Montréal. Très loin. 
    Mon cœur se serra. J’avais cette étrange impression qu’il ne parlait pas de son mauvais rêve. Mon grand garçon hoqueta et prit le verre d’eau que lui tendit Kyle. Je n’avais même pas remarqué que mon frère m’avait suivie. 
     — J’ai… j’ai peur, maman. 
     Une boule se coinça dans ma gorge et je sentis le barrage céder sous la tristesse. Kyle me demanda de s’installer à ma place, par un signe de tête. Il se rendit bien compte que j’étais incapable de prononcer un mot sans pleurer. Alors, il consola son neveu dans ses bras et lui murmura des paroles réconfortantes. Je restais assise de l’autre côté, tenant la main de Connor et laissant mon propre frère apaiser le cœur de mon bébé. Au bout de quelques minutes, il finit par se rendormir paisiblement. Je l’embrassai sur la tempe et descendis dans un silence oppressant. 
[...] 
    Le cauchemar de mon fils n’en était pas un. Il s’agissait de la raison pour laquelle j’avais décidé de quitter mon mari. Adrian avait eu ses humeurs les dernières années, et ça n’avait pas été agréable. Du tout. J’avais enduré ça parce que je croyais l’aimer profondément, et parce qu’il était le père de nos deux merveilleux enfants. Puis, un soir, alors qu’il me reprochait je ne sais plus quelle horreur, il m’avait frappée si fort que j’avais atterri genoux au sol, sous les yeux terrifiés de Connor. Ce fut la première et dernière fois que notre fils avait été témoin de cette violence conjugale.

Extrait 4 

     — Je n’avais pas prévu de venir ici. À la base, je partais juste courir pour faire le vide. 
     — Mais tu es là, constata-t-elle en soulevant un sourcil. 
   J’adorais quand elle faisait ça. Cela lui donnait un côté espiègle qu’elle ignorait posséder. Je la détaillai à mon tour, avec envie. Elle portait un léger peignoir qui lui couvrait les genoux et cachait ce qu’elle avait en dessous. Son décolleté était assez plongeant pour me laisser imaginer des choses peu avouables. Ses cheveux bruns étaient attachés par un crayon de papier. Un simple crayon qui lui donnait l’air d’une artiste au saut du lit. Ses petites taches de rousseur lui rehaussaient ses traits juvéniles et j’avais envie de l’embrasser comme si ma vie en dépendait. 
    Cette femme m’attirait chaque jour un peu plus et, si je ne m’étais pas contrôlé, j’aurais pu lui voler un millier de baisers. Nul besoin de me demander comment et pourquoi j’avais atterri chez elle, plutôt que de revenir sur mes pas. Mon cœur ne m’appartenait plus depuis bien longtemps. Pour le moment, elle ne souhaitait pas le conserver, mais j’avais espoir qu’un jour elle m’offrirait la chance de faire entièrement partie de sa vie. 
    — Mais je suis là, répétai-je, la voix rauque. 


 Extrait 5 

     — Oh, mais c’est que notre Claire rougit. Tu aurais des révélations à nous faire sur Matt, peut-être ? s’enquit Lilas qui n’avait pas perdu une miette de mon malaise. 
     — Non. Non, non. 
     — Tu parles ! Avec le passé de ces deux-là, on pourrait en écrire un roman, me taquina Erika. 
     — Merci la discrétion, bougonnai-je. 
   — Vous êtes plutôt fusionnels, et très mignons quand vous êtes ensemble dans la même pièce, lâcha doucement Kate. 
   De toutes les filles présentes, je fus surprise qu’une telle bombe soit sortie de sa bouche. Elle n’était pas du genre à s’éprendre sur sa vie, et encore moins sur celle des autres. Kate avait tout de la jeune fille très timide et introvertie. On se tourna toutes les trois vers elle et Kate se recroquevilla sur elle-même telle une huître. 
     — Désolée, murmura-t-elle, gênée d’être le centre de l’attention. 
    — Oh, mais j’y pense ! Est-ce que c’est à cause de toi que Matt est dans la lune en ce moment ? me demanda sérieusement Lilas. 
    — Non ! Il a une vie en dehors de moi. C’est mon meilleur ami, OK, mais rien de plus.


Extrait 6 

     — Ça ne fait que commencer, éructa Adrian avant de repartir, les mains dans les poches.
    Claire se retourna dans mes bras et colla sa tête dans mon cou, sous les yeux ahuris de Kyle. Pour la discrétion et l’aveu en douceur, c’était loupé. Il passa devant nous et, quand il ouvrit la porte, les garçons lui sautèrent dans les bras. Ils n’avaient rien remarqué, Claire leur avait mis un dessin animé quinze minutes avant que leur père ne sonne. Les petits, absorbés par la télévision, ne s’étaient rendu compte de rien.
    — T’es revenu ! s’écria Gavin qui me sauta dessus aussi. On a demandé à maman, mais elle nous a dit qu’elle ne pensait pas, qu’il fallait d’abord que tu parles à oncle Kyle ! Mais moi, j’étais sûr que tu reviendrais. J’aime bien quand tu dors avec maman, elle est toujours contente avec toi. J’adore son sourire, en plus on croirait qu’elle a du maquillage avec ses joues rouges. Elle dit qu’elle en met pas, mais moi, j’aime bien quand même.
    Il m’offrit le plus beau de tous les sourires innocents et moi je devais être blanc comme un cachet. Kyle n’arrêtait pas de me fixer et je n’osais même pas regarder Claire. Nous allions passer un très mauvais quart d’heure.


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5 janvier 2019

Extraits - Les Royals tome 1



Extrait 1

« Un toc-toc sur la vitre me sortit de ces horribles souvenirs. Nick était de retour avec un immense sourire. Je ne sais pas ce qu’il préparait, en tout cas, ça avait l’air de l’enchanter. Ce qui, entre nous, ne me rassurait pas. Je relevai la tête et fronçai les sourcils. Une silhouette, assez mastoc, se tenait derrière lui, en retrait. Nick coulissa la porte et un vent glacé me fouetta le visage. Je frissonnai. J’avais froid tant à l’extérieur, à cause de la température négative, qu’à l’intérieur. Être si proche d’une patinoire ou tout autre lac gelé me révulsait. Nick tira le treuil pour que je puisse descendre avec mon fauteuil et m’aida à insérer les roues dans les rails. Quand j’arrivais sur la route, un homme me surplombait de toute sa hauteur. »


Extrait 2 

  « Quinze minutes plus tard, mon état était stationnaire. Mon parrain entra comme un tourbillon dans mon antre, tira les rideaux, ce qui avait pour but ultime de m’éblouir, et souleva ma couverture. Il en était à la phase deux : bouge-toi le cul. La première étape étant : il est l’heure, championne… La trois était plus énergique puisqu’en général, il me prenait à bras le corps et m’emmenait déjeuner sans demander mon avis. Il ne fallait pas le dire, mais c’était ma préférée. Elle me rappelait mon enfance en vacances chez lui. Il me chérissait comme un bébé. C’était mignon. Sauf qu’aujourd’hui, je n’eus pas le droit à ce moment. De toute évidence, il en avait soupé de ma mauvaise humeur. Quand la porte de ma chambre s’ouvrit pour la troisième et dernière fois, j’eus la plus grosse honte de toute ma vie. Je ne rigolais pas du tout.
— La voilà, les gars. Vous la portez, on la charge avec nous dans le bus. Je me mis sur mes coudes, parce que mes paumes de mains me faisaient souffrir. J’étais si bouche bée que pas un son ne sortit de mes lèvres. Kyle était aux pieds de mon lit et quatre balourds en polo des Royals venaient de débouler, sourire aux lèvres.
— Hé ! Hé ! Ne me touchez pas ! Lâchez-moi ! Nick !
Je pouvais tenter de me débattre, j’avoue que d’un point de vue extérieur ça devait être comique.
— Elle cogne fort, la petite, me charia un blond.
— Méfie-toi, il paraît qu’elle mord, renchérit Kyle.
— Si tu la poses sur la glace comme ça, on dirait un pingouin avec ses bras qui s’agitent, rit un brun.
— Faites-en un maki avec les draps, ça la calmera ! s’écria Nick, amusé.
— Ça suffit ! hurlai-je. Stop ! Je peux me débrouiller toute seule !
— Trop tard, beauté. À cause de toi, on a dix minutes de moins sur notre programme, ricana un autre gars.
Je ne savais plus où donner de la tête. Ils me portèrent comme une morte en bas des escaliers où était garé mon carrosse. Jamais je n’avais été aussi mal à l’aise. J’étais en débardeur et short sous ce fichu tissu — ils avaient écouté les conneries de Nick et m’avaient enroulée dedans ! — et je me gelais les fesses. »


Extrait 3 

— Tu as reçu les résultats de ton IRM ? Je me raidis. Mathias était l’un de mes rares confidents. On était tous une bande de copains, on s’entendait tous très bien. Malgré tout, nous avions plus d’affinité avec certains qu’avec d’autres. Mathias et moi nous connaissions depuis toujours, nous avions un parcours sportif similaire, mais, il avait un calme olympien là où les flammes me lynchaient le cœur.
— Pas encore. Lundi, si tout va bien.
— En attendant, détends-toi, Kyle. On a l’impression que t’as un caribou coincé dans le derrière et qu’il t’a refilé ses morpions. Je ne pus me retenir de m’esclaffer.
Mathias et Joël aussi avaient le pouvoir de me faire sourire en toute occasion, y compris les plus démoralisantes.
— Qu’est-ce que tu fais avec Jane ?
— Je ne sais pas. Je n’arrive pas à…
— Arrêter ? J’acquiesçai de la tête.
— Alors, suggère-lui de faire une pause. Les nanas entendent la même chose en général.
— Merci du conseil, Matt.
— Sérieusement, Kyle, tu devrais le faire.
— Mais avant, elle m’apaisait. C’est pas mal d’être avec elle. Elle est calme.
— Il n’empêche que je ne t’ai jamais entendu te marrer avec elle, comme tu le fais avec la petite.
— Ça n’a rien à voir. Erika, c’est le boulot. C’est tout.
— Je ne dis pas le contraire. Il leva les mains en l’air comme s’il se rendait devant mon mauvais caractère.
— Je te prouve juste que si tu te permets autant de liberté avec d’autres filles, alors que tu es si stoïque avec Jane, c’est qu’il y a sans doute une bonne explication, non ?
— Et toi, avec Mary ? changeai-je de sujet pour éviter de répondre.
— Moi ? Mary a décidé de faire une pause, avoua-t-il, bougon.
— Tiens donc ! ris-je.
— Ouais, c’est la merde. Mais elle a raison. La saison commence mardi. On va être sur les routes tout le temps, je ne peux pas lui demander de me suivre et je ne peux pas non plus avoir la tête dans ce genre de relation. C’est peut-être ma dernière année chez les Royals, alors je veux la vivre à fond. Sans contrainte.
— Purée, je comprends pourquoi t’as fait des études de psy… me moquai-je.
Dans la pénombre de la nuit, Mathias se vengea en me balançant une boule de neige bien mouillée. Je n’en restais pas là et nous chahutâmes un moment avant que d’autres gars viennent en renfort. Une heure plus tard, on était tous gelés et morts de rire sous les flocons qui ne cessaient de tomber.


Extrait 4

Je sortis de la chambre et rejoignis Matt qui était assis sur le canapé. Il jouait à la console devant la télévision.
— Où est passé Jo ? demandai-je en m’annonçant.
— Il est rentré se coucher.
— Déjà ? Mathias éclata de rire devant mon air ahuri. J’étais bien placée pour savoir que les athlètes devaient se mettre tôt au lit pour que leur corps récupère un maximum d’énergie, cela dit, je trouvais que c’était très tôt pour un jour de congé !
— J’ai dit se coucher, pas dormir, Erika.
Je piquai un far. Voilà qui était plus compréhensible.
— Jo a une copine ? m’étonnai-je.
— Eh oui. Mais il ne l’ébruite pas trop. Ce grand benêt est du genre superstitieux. Rassure-toi, tout le monde est au courant.
— Pourquoi est-ce qu’il ne l’a pas emmenée à la fête d’anniversaire de Vincent la dernière fois ?
— Il me semble qu’elle est très timide.
— C’est plutôt détonnant avec le caractère extraverti de Joël.
— C’est vrai. Depuis qu’il est avec elle, il s’est beaucoup calmé. Même sur la glace, il ne cherche plus la bagarre. Et crois-moi, on s’en porte mieux sans ses pénalités.
— Oui, j’imagine… Comment est-ce qu’elle s’appelle ?
— Kate.
— Comment ça se fait que tu connaisses tout sur tous, tout le temps ? Il mit son jeu en pose et me regarda avec un sourire énigmatique.
— J’ai fait des études de psy… Les gens se confient facilement à moi.
— Ah, OK. Psychologie, alors ? C’est marrant, je te voyais plus mécano.
Je pouffai avec lui.
— J’aime aussi les voitures, cela dit, répondit-il, amusé. Et toi, qu’aurais-tu été si tu n’avais pas choisi d’être une athlète de haut niveau ?
— Institutrice. Ou entraîneur, quelque chose en rapport avec les enfants et l’enseignement. Pas forcément scolaire. J’adore transmettre, et les petits ont soif d’apprendre.
— Tu sais que tu pourrais le faire pendant ta rééducation ? Je suis sûr que les associations de patinage seraient ravies de t’avoir, tu étais la plus douée d’entre tous. Ce serait un atout considérable pour eux.
— Oui, tu as sans doute raison. Pour le moment, je suis toujours handicapée. Alors, chaque chose en son temps, je ne suis pas prête à affronter Dame Cauchemar. Pas encore.
— Je comprends. Tu as déjà fait d’énormes progrès…
— En partie grâce à vous.
Mathias acquiesça et retourna à son jeu. Je m’installai sur le canapé à ses côtés.


Extrait 5 

— Kyle, qui est-ce ? s’enquit la jeune femme.
— Oh, Claire, voici Erika.
— Erika ? La Erika ?
— Eh bien, je ne sais pas si je suis celle-là en particulier, en tout cas, je m’appelle bien comme ça, ris-je.
Elle me serra la main que je lui tendis.
— Bienvenue chez nous, La Erika, continua la brunette, amusée. Je suis Claire, sa sœur. Rentrons, le froid conserve, mais il nous gèle. Maman a préparé du chocolat chaud avec des chamallows et, si on ne passe pas le seuil de cette porte, j’ai bien peur que mes garçons ne boivent tout.
Elle se décala sur ma droite, puis elle attrapa le coude de son frère et murmura :
— J’ai cru voir Matt ? demanda-t-elle.
— Ouais, moi aussi, se moqua Kyle.
Claire ne fit aucun autre commentaire et partit devant nous. Kyle resta à mes côtés puis vint à mon secours lorsque je dus quitter mon siège pour monter les marches du perron. Avant même que je puisse lui dire que je pouvais me mettre debout, il me prit dans ses bras comme un bébé. J’en fus toute retournée. Il ne m’avait jamais aidée de cette manière jusque-là. En général, il était plutôt du genre à me laisser tomber pour que je puisse apprendre de mes erreurs, pas à me porter comme un chevalier servant. Pour autant, je ne m’en plaignis pas. En revanche, quand il voulut m’asseoir sur le rocking-chair, je lui fis non de la tête et il me déposa avec délicatesse au sol. Je continuais à m’accrocher autour de son cou quelques secondes de plus, et je pus le regarder droit dans les yeux. J’y lus autant de fatigue, par ses cernes, que de tristesses au fond de ses pupilles. Ils pétillaient aussi de ce petit quelque chose que je ne reconnus pas. Je me tins à la rambarde pendant qu’il montait mon carrosse et me réinstallai comme une reine.
— En voilà des progrès, me complimenta-t-il, fier.
— Je t’avais dit que Guz n’était pas un con, le taquinai-je. Il rit, et c’est à ce moment-là que je compris à quel point Kyle m’avait manqué. Il n’était pas seulement question de son visage, ni même de son rire, c’était un tout. Sa force, son charisme, ses ridules au coin des amandes qui lui donnait un charme fou, ses fines cicatrices qui faisaient de lui un être unique, son parfum, sa voix... Avoir été si loin de lui ne m’avait pas aidée à prendre du recul sur nous, au contraire. La distance m’avait tenue en haleine jusqu’à nos retrouvailles. Pour cet instant T. Il se rapprocha de moi, me caressa la joue, toujours autant amusé par ma remarque, et, de toutes mes forces, j’eus envie qu’il m’embrasse. Rien qu’une fois. Que je goute encore à ses lèvres, tout juste gercées par le froid.
— Tu m’as manqué, chuchota-t-il.
Puis la porte de la maison s’ouvrit avant même que je ne puisse prononcer un mot.



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7 novembre 2018

Extraits : Le miracle de l'ange




Extrait 1 

Assise sur son Trône noir, à l’intérieur de son gouffre infernal, Lilith bouillait d’une colère incontrôlable. Autour d’elle, tout réagissait à sa fièvre. À l’approche des sept, le feu jaillit derrière son siège, illuminant la pièce aux couleurs rougeoyantes. Les bras posés sur les accoudoirs taillés d’os enferrés, elle claquait ses ongles sur l’extrémité, faisant résonner à tue-tête son irritabilité. Les sept hommes, alignés en face, s’inclinèrent, genoux au sol, sur le brasier incandescent, les mains dans le dos en parfaite soumission.


Extrait 2  

Je ne me souvenais de rien en ce qui me concernait, excepté deux choses. Gravées, à tel point qu’il m’était difficile de comprendre pourquoi précisément ces détails-là. Je connaissais mon nom et prénom. Comme un matricule sur une plaque de métal militaire. Et ceux-ci tournaient inlassablement dans ma tête à longueur de journée, comme si le simple fait de m’appeler Gabriel Malakh pouvait évoquer une période antérieure à l’accident. Ou par extension, m’ouvrir les portes scellées de mon passé. Pourtant, rien. Je n’apparaissais nulle part. Dans aucun registre.


Extrait 3 

— Tu as Anna.
— Serais-tu sourd ?
— Non. J’entends même les rouages de tes pensées. Ton cerveau carbure à l’hydromel. Écoute, d’après Zélé, tu semblais en harmonie ici, avant ton accident. C’est tout ce que tu as à savoir. Pourquoi chercher plus loin ?
— Parce que je ne sais pas qui je suis ! Je fais des rêves bizarres, je suis complètement accro à cette femme qui m’attend en bas. Je n’arrive pas à la sortir de ma tête, mais je ne veux pas la faire souffrir. Je me crois honnête avec elle, mais si du jour au lendemain, je me découvre truand, mesquin avec une double vie ?
— Pff, ah, ah !
Raphaël éclata de rire. Vraiment. Très fort. Et je le fixai avec des yeux grands ouverts.
— Pardon, je n’ai pas pu me retenir, glousse-t-il. Rassure-toi, petit ange, tu n’es rien de tout ça.[…]


Extrait 4 

Les yeux de Lilith devinrent rouges. Ses cheveux d’une blondeur incroyable s’obscurcirent, avalant la noirceur de l’ombre, le vent s’infiltra à l’intérieur de la maison, les rideaux volèrent en tous sens ; il n’y avait plus rien de commun dans cette pièce. Le néant avait englouti ce qui jusque-là avait été un simple appartement dans le centre-ville. Un couteau, orné de bijoux de toutes les couleurs, apparut dans sa main. Elle s’entailla la paume gauche, du pouce au petit doigt. Elle psalmodia la langue des ténèbres et elle lécha son sang avant de m’embrasser et de me repousser par dégoût.


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30 septembre 2018

Extraits : L'enfer de l'ange


Extrait 1

Mon combat avait commencé. Que je veuille ou non aller au bout de ma sentence importait peu. Il était trop tard pour s’occuper de mes états d’âme. M’apitoyer la mènerait droit à la chute. Impossible que cela arrive. Je me battrai jusqu’à en perdre mes plumes, mais jamais ils ne me la prendront. Quoi qu’il m’en coûte. Jamais.


Extrait 2 

— Tout ce que je te demande, Gabriel, c’est une nuit. Cette nuit. Rien que toi et moi. Pas d’ange, pas d’élue, pas de démon, ou que sais-je encore. Juste Gabriel et Anna, un homme et une femme. Rien que ça. S’il te plaît ? Après, je te jure que je serai un parfait petit soldat. Je t’écouterai et ferai ce que tu voudras, m’implora-t-elle.


Extrait 3 

Zélé possédait bien le corps d’une femme !
— Tourne la tête !
— Zéléniah, tu es… Je ne t’avais jamais regardée sous cet angle !
— En même temps, tu n’as jamais été un homme non plus ! Alors comme ça, tu me vois ? Pourquoi, moi, je ne me vois pas ?
— Tu ne te vois pas ? lui répondis-je à voix haute, surpris, en la détaillant de nouveau. Alors, qu’est-ce que tu aperçois ?
— Toi. Et ferme-moi cette bouche, tu vas gober les mouches ! Heureusement que je ne peux pas ressentir de gêne, sinon il y a longtemps que je serais morte ! Eh ! Arrête de me reluquer ! Dis-moi plutôt à quoi ressemblent mes yeux.


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21 septembre 2018

Extraits: A coeur ouvert




Extrait 1 

    Ce soir-là, tout s’est passé sans bruit. « Le fou de la gâchette », comme l’avaient appelé les journalistes, avait pénétré silencieusement dans la maison. La porte d’entrée donnait directement sur le séjour, ce qui lui procurait un angle parfait pour ne pas hésiter une seule seconde. Les coups de feu de son arme n’avaient produit qu’un léger « Tumb », pourtant tout le monde avait été blessé. Or, personne n’eut sa vie menacée comme la mienne. Théo avait été le moins touché. De par sa position, j’ai pu le protéger. 
    J’avais réussi à m’allonger sur lui, et la balle qui lui était destinée m’a d’abord traversée pour l’effleurer ensuite. La douleur l’avait plongé dans l’inconscient. Ma mère et mon père n’avaient pas eu autant de chance, mais tout de même. Lui s’est pris deux projectiles. Un qui s’était logé dans son bras gauche, et l’autre dans son genou. Maman avait été frappée à la tête et s’était évanouie instantanément. 
    Moi… 
    Moi, j’étais l’objet du contrat. L’acolyte du tueur m’avait attrapée par les cheveux pour me traîner dans la chambre principale. Il avait voulu s’amuser avec moi. Mais je ne m’étais pas laissé faire. Le meneur du binôme avait préservé ma vertu seulement pour m’achever plus vite. Il avait tiré en plein dans mon cœur. Cependant, par chance, la balle avait ripé. Je m’étais en effet débattue avec force lorsque le violeur me tenait. 
    Ce soir-là, j’ai joué mon plus beau rôle. J’ai mimé un cadavre. Et ils m’ont crue. J’ai retenu mon souffle en même temps que mon rythme cardiaque ralentissait. Quand l’un d’eux s’est approché de moi pour vérifier ma respiration, il a ricané. J’ai su que j’étais son contrat parce qu’après cela il avait sorti son téléphone et avait appelé son commanditaire.
    — C’est fait. Elle est raide 


Extrait 2 

     J’aimais à croire que j’étais installée au centre de Bryant Park, au milieu de cette verdure éclatante et apaisante, et qu’au lieu de l’hôpital se trouvait l’immense librairie publique où je passais le plus clair de mon temps, lorsque je ne peignais pas. 
     — À quoi pensez-vous ? me demanda-t-il avec sa voix qui me caressait les tympans.  
     — New York. 
     — Sérieusement ? s’étonna-t-il. 
     — Oui, c’est là que je vis. Enfin… Vivais, avant tout ça. 
     — Oh, je l’ignorais. Vos parents ne l’ont pas mentionné dans leur déposition. 
    Ce dernier mot me fit un électrochoc, et j’ouvris les yeux. Il brisa instantanément mon semblant de sérénité. 
    — C’est pour cela que vous êtes ici, William ? Pour que je puisse, moi aussi, expliquer ce qu’il s’est produit ? 
    — Will, me corrigea-t-il. Et, non. Ce n’est pas mon travail. Et ce n’est pas non plus l’objet de ma visite. 
     — Alors, pourquoi êtes-vous venu ? 
     — Pour vous. Simplement pour vous, madame Peut-être. 


Extrait 3 

    Je pouvais toujours essayer d’être raisonnable, c’était elle qui me poussait à la déraison. Et, contre ça, impossible de lutter. 
    — Les heures de visites sont terminées depuis deux heures. Et, je ne fais partie d’aucun membre de votre famille. Le flic posté à votre porte ne me laissera pas entrer… Pas sans me battre, tentai-je avec humour. 
   — Vous battre ? demanda-t-elle pour vérifier si elle avait bien entendu. 
   — Oui. Et moi, en preux chevalier, je vais devoir lui refaire le portrait… Ça va faire mal, il va peut-être même y avoir un peu de sang, si je cogne assez fort… Mais ça en vaut la peine. Qu’en pensez-vous ? 
  — Je pense qu’un chirurgien esthétique serait bien moins douloureux pour lui qu’un preux chevalier… 
    J’étouffai un rire. Je commençai à percer l’armure de peur qui la recouvrait. 
    — J’aurais pu être un excellent chirurgien esthétique, mais il fallait trop d’études. J’ai bien pensé à travailler dans le bâtiment, spécialisé dans le ravalement de façade, bien sûr, mais… Que voulez-vous, je sais à quel point l’uniforme de pompier affole les femmes. Et puis, j’ai l’étoffe d’un héros.     
   Cette fois-ci, je l’entendis rire. Mon cœur se gonfla de joie. Finalement, c’était peut-être vrai. J’étais sans doute devenu, le temps d’un soir, son héros… 


Extrait 4 

    J’entendis un bruit sourd et le couinement des ressorts du sommier. Je me retournai, surprise et un peu effrayée. Je trouvai Will, étendu sur le lit, les bras derrière la tête, en terrain conquis. 
    — Mais qu’est-ce que vous faites ? m’alarmai-je. 
    — Je teste mon lit. 
    — Quoi ? 
    — Je teste mon lit, répéta-t-il, amusé. 
    — Je ne suis pas sourde ! Il s’agit de ma chambre. 
    — Certes, mais vous avez fait un choix. 
    — Je n’ai rien fait de tel ! 
    — Ah, mais si. Je vous ai dit : je dors proche de vous. Vous avez refusé de prendre la chambre de votre frère, qui était parfaite puisque communicante avec la mienne. Donc, je dors avec vous. 
    Il sourit de toutes ses dents et haussa les sourcils en grand vainqueur. Il n’était pas question que je dorme avec lui. 
    — Oh, mais je suis certaine que David va apprécier… 
    — Ah ! Ah ! dit-il. Probablement pas, c’est pour ça que j’adore l’idée ! 


Extrait 5 

    Toute la colère qu’il contenait était tellement lourde qu’on pouvait la couper au couteau. S’il fallait que je passe vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec cet homme, je voulais en apprendre plus sur lui. 
   — Pourriez-vous arrêter vos allers-retours, s’il vous plaît ? Vous finissez par me donner le tournis… 
     — La belle au bois dormant s’est réveillée du pied gauche ? 
     — Je ne suis pas encore debout, à ce que je sache… 
     — Grrr, c’est qu’elle pourrait mordre en plus. J’adore ça ! 
    Je levai les yeux au ciel. Il ne servait à rien d’argumenter puisqu’il prenait un malin plaisir à me taquiner. 
    — Agathe est votre femme ? 
    — Pardon ? 
    — C’est une impression ou je viens de vous décontenancer ? 
    — Une impression, répondit-il, la voix descendue d’une octave. 
    — Vraiment ? Alors, qui est-elle ? 
    — Quelqu’un que vous ne connaissez pas. 
    — De toute évidence. Vous ne voulez pas répondre ? 
    — Non. 
    — OK… Et là, qui a envie de mordre ? 
    — Moi. Mais c’est toujours le cas quand il s’agit de vous… 
   — Will ! m’écriai-je plus comme un couinement alors qu’il riait. Ce n’est pas un comportement correct de la part d’un homme marié ! 
    — C’est vrai. J’aurais pensé que vous m’auriez dit cela parce que vous étiez déjà fiancée… me nargua-t-il. 
     — Est-ce qu’on peut avoir une vraie conversation d’adultes ? 
     — Pas vraiment, non. 
     — Mais pourquoi ? 
     — Parce que, dans ce cas, vous allez certainement me poser des questions personnelles. Et je vais devoir y répondre honnêtement. 
     — C’est le but, oui. Et ? 
     — Et alors, vous tomberiez amoureuse de moi. Et, ça poserait un énorme problème puisque vous êtes fiancée. 
     — Bon sang ! Dites-moi que je rêve… 
   Je me pinçai l’arête du nez tout en étant abasourdie par ses propos. Quel excès de confiance ! Quelle prétention ! Je soufflai fort pendant que lui se retenait de rigoler, puis je décidai de me lever. 


Extrait 6 

     Sarah nous redonna nos boissons avec un clin d’œil et repartit vers ses clients. 
     — Vous venez souvent ici ? demanda-t-elle naïvement. 
     — Oui, autant que je peux, souris-je. 
    Ma réponse l’avait surprise. Elle n’avait pas encore compris que ce lieu était à ma sœur. 
     — C’est pour ça que la barmaid vous drague alors ! 
     Je m’étouffai avec ma Guinness. 
    — Pourquoi vous pensez qu’elle me drague ? 
    Soudain, la vision de Sarah me sautant dessus me brûla la rétine. 
     — Elle n’arrête pas de vous appeler par des petits surnoms et vous fait des clins d’œil ! 
     — Ah… Que voulez-vous, je suis un homme à femmes ! 
     — Et la vôtre, que pense-t-elle de tout ça ? Vos sorties, les femmes… Moi et ma foutue protection rapprochée ? 
    Je ris franchement cette fois-ci. Son entêtement à croire que j’étais marié était rafraîchissant. Je m’approchai d’elle et soulevai une mèche de cheveux pour atteindre son oreille. Elle frissonna. J’adorai ça. 
      — Je ne suis l’homme que d’une seule femme… Par jour ! 
      Elle me tapa le bras de son poing, et je laissai éclater ma joie. 
      — Espèce de… ! Vous êtes… ! 
   — Complètement dévoué à votre service jusqu’à ce soir minuit ! la narguai-je alors qu’elle continuait de se défouler gentiment sur mon épaule. 
     Ma sœur décida d’intervenir à ce moment-là. Si elle ne l’avait pas fait, j’aurais pu avoir un sérieux hématome sur le biceps. 
     — Ah, j’adore les querelles d’amoureux ! Mais les bagarres, c’est dehors, joli cœur ! 
   — Nous ne sommes pas… Ce n’est pas… Il n’est pas… bégaya Clara alors que je m’amusai comme un fou. 
     — Oui, je sais. Mon frère a tendance à faire cet effet-là… plaisanta Sarah. 
     — Votre… frère ? s’écria Clara alors que je repartais dans mon fou rire.


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